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Un ex-directeur de HRW dénonce le blocage d'un rapport sur le droit au retour des Palestiniens
information fournie par AFP 13/02/2026 à 08:56

Omar Shakir, ancien directeur de Human Rights Watch (HRW) pour Israël et la Palestine, lors d'un entretien chez lui à Amman, le 11 février 2026 en Jordanie. ( AFP / Mussa HATTAR )

Omar Shakir, ancien directeur de Human Rights Watch (HRW) pour Israël et la Palestine, lors d'un entretien chez lui à Amman, le 11 février 2026 en Jordanie. ( AFP / Mussa HATTAR )

Plus d'une semaine après avoir claqué la porte de HRW, son ex-directeur pour Israël et la Palestine ne décolère pas face au blocage par l'ONG d'un rapport qualifiant de "crime contre l'humanité" le refus par Israël du droit au retour des Palestiniens.

La question est l'une des plus épineuses du conflit israélo-palestinien, les réfugiés palestiniens réclamant de revenir sur les terres qu'ils ont quittées ou dont ils ont été chassés lors de la création d'Israël en 1948, et qui se trouvent à présent en territoire israélien.

Après une décennie au sein de Human Rights Watch, Omar Shakir a démissionné de ses fonctions début février, avec sa collègue Melina Ansari, en réaction au refus du directeur exécutif de l'ONG de publier ce rapport consacré au droit au retour.

Dans un entretien avec l'AFP à Amman, il souligne combien cette question reste "une sorte de tabou" en Occident.

Israël s'oppose fermement à cette revendication, y voyant une menace démographique pour sa survie.

"Le rapport conclut que la politique menée de longue date par les autorités israéliennes consistant à refuser aux réfugiés palestiniens le droit au retour, un droit fondamental établi en droit, a causé de graves préjudices et constitue un crime contre l'humanité", explique M. Shakir.

"Les préjudices incluent l'angoisse qui se transmet entre générations, résultant de l'arrachement et de la rupture avec leur terre natale ainsi qu'avec les liens familiaux et communautaires", ajoute-t-il.

Selon la définition de l'ONU, le crime contre l'humanité désigne des actes tels que "le meurtre, l'extermination, le viol, la persécution et tous autres actes inhumains" commis "dans le cadre d'une attaque généralisée ou systématique lancée contre toute population civile".

- "Analyses supplémentaires" -

"A cette date, HRW n'a fourni par écrit aucune raison pour justifier cette décision", affirme l'ancien responsable, précisant que l'organisation de défense des droits humains américaine a seulement "invoqué les préoccupations" de ses dirigeants.

Omar Shakir, ancien directeur de Human Rights Watch (HRW) pour Israël et la Palestine, chez lui à Amman, le 11 février 2026 en Jordanie ( AFP / Mussa HATTAR )

Omar Shakir, ancien directeur de Human Rights Watch (HRW) pour Israël et la Palestine, chez lui à Amman, le 11 février 2026 en Jordanie ( AFP / Mussa HATTAR )

Interrogée par l'AFP, l'ONG a souligné avoir indiqué à l'époque que la publication avait été "mise en pause" le temps de mener "des analyses et recherches supplémentaires", qui sont "toujours en cours".

Ce rapport "soulevait des enjeux complexes et lourds de conséquences. Au cours de notre processus d'examen, nous avons conclu que certains aspects de la recherche et le fondement factuel de nos conclusions juridiques devaient être renforcés pour répondre aux exigences élevées" de l'ONG, avait-elle dit.

La "Nakba" ("Catastrophe" en arabe) a vu la fuite et l'expulsion d'environ 760.000 Arabes palestiniens - plus de la moitié de la population arabe de Palestine de l'époque - lors de la création de l'Etat d'Israël.

Avec leurs descendants, ils sont aujourd'hui quelque six millions de réfugiés palestiniens vivant en Cisjordanie occupée, dans la bande de Gaza, en Jordanie, au Liban et en Syrie, selon les Nations unies.

Selon le chercheur, les dirigeants de l'ONG "craignaient que certaines personnes, y compris nos détracteurs, utilisent ce rapport pour affirmer que HRW remettait en cause le caractère juif de l'État israélien".

- "Changement de paradigme" -

Selon lui, "il ne s'agissait pas de droit ou de faits. C'était une décision motivée par des inquiétudes sur la manière dont l'organisation serait perçue au moment de publier ce rapport".

Il dit espérer que "les discussions autour du droit au retour contribuent à un changement de paradigme, car il n'y a pas d'avenir en Israël-Palestine sans prise en compte du sort des réfugiés et sans reconnaissance de leurs droits fondamentaux".

Les tenants du droit au retour se fondent sur la résolution 194 de l'Assemblée générale des Nations unies votée en 1948 prévoyant que les réfugiés qui le désirent doivent pouvoir "rentrer dans leurs foyers le plus tôt possible et vivre en paix avec leurs voisins", les autres devant être indemnisés pour leurs biens perdus.

Lors des négociations menées en vue d'un règlement final du conflit israélo-palestinien, à Taba (Egypte) en 2001, les parties avaient envisagé qu'Israël reconnaisse une part de responsabilité dans la Nakba et autorise un nombre limité de réfugiés à revenir, prévoyant aussi une compensation financière, en échange d'un abandon de la revendication palestinienne du droit au retour de tous les réfugiés.

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